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flawriter23

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« Je travaille avec des hackers qui décryptent ce que je ne peux pas interpréter »

Pierre Alonso est un jeune journaliste. Passé par Owni, il est un observateur de la « cyber-guéguerre » qui se joue sur le web. Adepte des technologies de la surveillance et « hacktiviste », il intervenait aux Assises du journalisme sur la question d’une possible collaboration entre journalistes et hackers. Et il livre ses impressions à Obsweb.

Pierre Alonso-rencontre hackers journalistes/AM

Pierre Alonso est intervenu lors du débat sur la collaboration entre hackers et journalistes

Vos réactions à chaud sur la conférence « journalistes et hackers » sur laquelle vous étiez intervenant ?

J’ai beaucoup aimé, il y a eu plusieurs niveaux de discussions. On a parlé de sécurité de façon assez concrète. On a traversé toutes les couches du sujet même si il est clair que l’on pourrait en parler pendant des heures. Nous n’étions pas toujours d’accord car il y avait des personnalités bien différentes parmis les intervenants et c’est ce qui fait la force d’un débat.

Être « hacktiviste », qu’est-ce que c’est ? Pouvez vous définir le terme pour les néophytes ?

Il s’agit de la contraction du mot « hacker » et du mot « activiste ». Ce sont des gens qui mettent leurs compétences techniques au service d’une cause militante. Comme Wikileaks qui joue sur la transparence ou Telecomix qui lutte contre la censure.

Vous êtes intéressé par la « cyberguerre » et les technologies de surveillance. Depuis combien de temps et pourquoi avoir choisi ces domaines en particulier ?

C’est lié à mes études. J’ai étudié les conflits internationaux et j’avais pour ambition de traiter des questions relatives à cette thématique. Je me suis donc intéressé à ces conflits à travers le numérique.

Vous définiriez-vous plutôt comme un hacker ou comme un journaliste ?

Je ne suis pas un hacker, mais un journaliste. Je n’ai pas de compétences techniques suffisantes. Je travaille néanmoins avec des hackers qui décryptent des phénomènes que je ne sais pas interpréter par moi-même.

Quelle nécessité voyez-vous à la collaboration entre hackers et journalistes ?

Un premier point qui est directement lié à des rudiments de sécurité : qu’est ce qu’il est possible de faire sur internet ? Les hackers peuvent transmettre ces notions aux journalistes. J’ai vécu dans des pays soumis à la censure (en Iran notamment ndlr.) et il vaut mieux, par exemple, être anonyme que chiffré (crypté ndlr.) quand on envoie un mail, pour ne pas se mettre en danger.

Avez-vous déjà collaboré avec des hackers et, justement, qu’est ce que vous en avait retiré ?

Je collabore régulièrement avec des hackers, ce qui me permet de donner du sens à des informations que je ne comprends pas, ou même d’obtenir des informations aussi bien ouvertes que fermées. Ils apportent une expertise, de la même manière qu’un chercheur va aider dans la rédaction d’un article sur un thème précis.

Les récentes révélations de Snowden ou encore « l’affaire des fadettes » vous ont-elles marqué ? Ces affaires ont-elles amplifié l’intérêt des journalistes et des citoyens sur la question de la protection de ses données personnelles?

C’est un vrai problème. Après les révélations d’Edward Snowden, on est confrontés à un double discours : ceux qui disent n’avoir rien a cacher, et ceux qui disent  « oui de toute façon on le savait déjà ». On pouvait s’en douter, sauf que maintenant c’est documenté, on sait que grâce au programme PRISMla NSA a accès aux serveurs des géants du net. En tant que journaliste, j’ai trouvé bien venu de passer de la suspicion au fait authentique, de factualiser une question qui était en suspens.

Regrettez-vous le manque de réactions des citoyens après ses révélations ?

Je le constate plus que je ne le regrette. Nous sommes dans des Etats de droit où nous pouvons demander des comptes à nos élus. Pourtant, personne ne s’est emparé de ces questions. Globalement, le double discours illustre bien le manque d’intérêt sur le sujet. Mais cela va peut-être changer.

Pensez-vous qu’une réelle coopération entre journalistes et hackers va s’opérer dans l’avenir ?

Il y a déjà des initiatives encourageantes comme celle de RSF et ses ateliers numériques. Les révélations d’Edward Snowden vont peut-être activer une prise de conscience. Il serait intéressant que des professionnels interviennent dans les écoles de journalisme. Pour sensibiliser les étudiants et leur montrer la philosophie de base en matière de sécurité et de maniement d’outils. Mais pour le moment, des solutions sont accessibles sur internet pour apprendre à se protéger.

A voir : La carte de cyber-censure

Flavien Vaireaux

Protéger ses sources : le nouveau défi du journaliste face au numérique

La protection des sources des journalistes est la pierre angulaire de la liberté de la presse. Avec l’émergence d’Internet, celle-ci a pris une tournure toute particulière.  Les assises internationales du journalisme s’attardent cette année sur cette question fondamentale avec un atelier sur la sécurité numérique. Après l’affaire des fadettes, la mise sur écoute d’Angela Merkel par les Américains et le tollé médiatique qui suit les révélations d’Edward Snowden, de nombreuses questions restent en suspens quant à une protection concrète de ses données confidentielles.

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« La différence entre la protection des sources d’il y a dix ou vingt ans et celle d’aujourd’hui, c’est Internet », affirme Grégoire Pouget, formateur sécurité chez Reporter Sans Frontières (RSF). Tout se jouerait donc sur la toile, un outil devenu indispensable dans la pratique journalistique, mais qui rend les journalistes plus vulnérables à la surveillance de leurs données personnelles, soit par méconnaissance des bases nécessaires pour protéger leur matériel numérique (ordinateur, smartphone, …), soit par imprudence dans la prise de contact avec leurs sources.

Les expériences malheureuses ne sont en effet pas rares, comme celle de Gérard Davet, journaliste du Monde chargé de l’enquête sur l’affaire Bettencourt. En juillet 2010, son téléphone est placé sous surveillance à deux reprises par la Direction Centrale du Renseignement Intérieur (DCRI) et l’Inspection Générale des Services (IGS). Il dépose ensuite deux plaintes par l’intermédiaire du Monde qui ont abouties à la mise en examen de Bernard Squarcini, patron du renseignement intérieur.

Ce cas illustre bien la nécessité de vigilance pour le journaliste, mais aussi un certain laxisme de la part du gouvernement sur une question fondamentale essentielle à la liberté de la presse. Le projet de loi sur la protection des sources initié par Christine Taubira et adopté en juin 2013 n’est pas à la hauteur des espérances pour les organismes de presse, comme pour le Syndicat National des Journalistes (SNJ). Selon RSF, qui avait soumis des recommandations précises à la rapporteure du projet de loi, « le texte a largement été vidé de sa substance par trois modifications successives, si bien qu’il est aujourd’hui très insuffisant ».

Une autre affaire édifiante illustre bien le danger représenté par une mauvaise protection de ses informations, c’est celui du journaliste  Karim Taymour, torturé par le régime Syrien pour avoir relayé, via  ses écrits et les réseaux sociaux, des informations sur les actes de la rébellion : « mon ordinateur avait été arrêté avant moi » a-t-il expliqué au journaliste de Bloomberg. Propos d’ailleurs repris par RSF dans son dossier spécial surveillance sur « les ennemis d’internet ».

Une conférence sur les prémices de la sécurité numérique

Les journalistes seraient donc tous sujet à l’espionnage ? Grégoire Pouget tient à nuancer : « Après les révélations de Snowden, c’est normal de se poser cette question, mais ce n’est pas une surprise que les renseignements cherchent à obtenir des informations. Tout dépend  si les sujets sur lesquels les journalistes travaillent les intéressent. Le discours sur la théorie du complot qui dit que l’on est tous écouté ne sert à rien. Quand bien même, il y a maintenant des outils efficaces pour se protéger ».

Des manières de se protéger, Jean Marc Manach, spécialiste des questions de cybercriminalité, en donne un panorama très complet sur son blog  bugbrother  avec des articles sur Comment se protéger de la cybercriminalité ? ou encore Journalistes : protéger vos sources !.

Il y décrypte les techniques employées par les cybercriminels (voir la vidéo qui illustre la simplicité déconcertante avec laquelle on peut se synchroniser à un ordinateur pour en pirater les données), les entreprises ou les états pour se gorger de nos données personnelles. Il référence des ouvrages numériques pour apprendre à se protéger efficacement tel que le kit de survie numérique ou l’un des « plus complet » selon lui : le guide d’autodéfense numérique.

De son côté, RSF a développé depuis deux ans des journées de formation à la sécurité numérique pour les journalistes. Des sessions qui se déroulent sur trois jours : « Nous leur apprenons à envoyer des informations, des mails de façon confidentielle, et à protéger leur système numérique », indique Grégoire Pouget, qui milite également (au même titre que Jean-Marc Manach) pour que soient inculquées aux journalistes encore étudiants les bases d’une bonne protection numérique : « Pour protéger ses données et donc ses sources, il faut déjà avoir une idée de la manière dont fonctionne un ordinateur », souligne le formateur.

Lors des Assises, celui-ci aura deux heures pour intervenir et animer un débat sur la protection des sources, et ainsi dégager quelques pistes et donner quelques conseils avisés (c’est déjà plus que les dix minutes de son intervention lors de la soirée Mediapart et RSF au théâtre de la ville qui a eu lieu le 30 septembre) : « il s’agira vraiment d’une introduction aux bases de la sécurité numérique », tient-il d’ailleurs à préciser.

S’en suivra une conférence sur l’utilité d’une collaboration entre journalistes et hackers. Une ébauche de solution sur une coopération qui pourrait être salvatrice dans le domaine de la protection des sources, et donc pour la liberté de la presse.

Flavien Vaireaux

Les intervenants des Assises

 

Prezi Assises 2013

Pearltrees Assises 2013

7è édition des Assises Internationales du Journalisme et de l'In 

Assises 2013 en photos

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