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quentindagbert a écrit 3 articles de OBSWEB

Denis Robert : « le documentaire le plus compliqué que j’ai jamais eu à faire »

Le documentaire « Les nouveaux journalistes » de Denis Robert, Nina Robert et Gilles Cayatte est projeté au cinéma Caméo Ariel de Metz le jeudi 7 novembre à 17 h. Ce « 52 minutes » est la déclinaison d’un webdocumentaire sur les étudiants de la formation journalisme de Metz publié sur France 4. Le réalisateur revient sur cette expérience éprouvante.

Denis Robert, Réalisateur de Journaliste 2.0 et des Nouveaux journalistes aux Assises 2013

Denis Robert, Réalisateur de Journaliste 2.0 et des Nouveaux journalistes aux Assises 2013

Qu’est-ce qui vous a donné envie de réaliser ce documentaire ?

J’avais proposé ce projet car j’étais présent lors de la création de cette formation de webjournaliste de Metz, en tant que parrain. Lorsque que les étudiants ont présenté leurs projets de webdocumentaires de fin d’année, j’ai trouvé que les débats étaient d’une très grande richesse. Je me suis dit : « si on se met en immersion dans une formation comme celle-ci, on peut raconter beaucoup de choses sur le journalisme à travers des portraits de jeunes gens qui découvrent cette profession ». C’est un film qui fait réfléchir sur le rôle et le sens du journalisme aujourd’hui car c’est une profession en perte de repère et en perte d’identité.

Comment s’est passée la fabrication du webdocumentaire ?

Ce fut une épreuve. Notre jeune société de production, Citizen Film, est une entreprise très fragile et nous n’avons eu que très peu d’argent pour faire ce webdocumentaire. Pour réaliser le site, nous avons décidé de faire appel à une agence locale, à Metz. Finalement, cette société a été incapable de le faire et a refusé de nous rembourser la somme de 16 000 €. Nous avons été victimes d’une escroquerie et depuis, nous les avons assignés en justice. Je suis en colère car ces gens-là sont sans foi ni loi, ils n’ont pas conscience du mal qu’ils nous ont fait. On s’est retrouvé à un mois de la diffusion avec tout l’argent du budget dépensé mais toujours sans développement. Heureusement, une autre agence de Metz a réussi a faire le travail d’une façon remarquable en seulement trois semaines. Ils nous ont sauvé la mise.

Combien de personnes ont vu votre documentaire sur France 4 ? Et le webdocumentaire ?

Je trouve que le film n’a pas été assez vu. Sa diffusion sur France 4 est un peu passée au second plan. À tord, parce que le film a eu un gros succès d’estime, on a reçu énormément de courriers positifs. Je sais qu’à France Télévisions, ils s’attendaient à une catastrophe et ils ont été agréablement surpris. Il faut dire que la promotion avait été absolument minimaliste.
Sur le webdocumentaire, les internautes sont restés connectés neuf minutes en moyenne. C’est étonnant et très satisfaisant car, en temps normal, la connexion moyenne sur un webdoc est de seulement trois minutes. D’ailleurs, il y a encore des connexions aujourd’hui. Je suis content que ce webdoc ait encore une vie quelques mois après sa mise en ligne car c’était le but recherché au départ.

Qu’attendez-vous de la diffusion du documentaire aux  Assises 2013 du journalisme?

Je suis content de montrer ce documentaire aux assises car ce fut un vrai et long travail, surtout pour Nina (ndlr: sa fille) qui a énormément bossé dessus, beaucoup plus que moi. C’est le documentaire le plus douloureux et le plus compliqué que j’ai jamais eu à faire. Je suis donc content d’être arrivé au bout même si, en fin de compte, ça ne ressemble pas tellement au film que j’avais imaginé. Si c’était à refaire, je ne sais pas si je me relancerais dans une aventure pareil: des concours de circonstances malheureux, des erreurs et des mauvaises interprétations dans toute la chaîne de fabrication du film. Au final, quand même, c’est une bonne série. Même la meilleure que j’ai vu jusqu’alors à la télévision sur le même sujet. On est très innovant car on est les seuls à en parler de cette manière. C’est à dire le webjournalisme, la formation des journalistes et l’avenir du journalisme, le tout en un.

Est-ce que ce documentaire pourrait inspirer la création de nouvelles formations de journalisme de ce genre ?

Même si ça n’a pas été fait pour ça, c’est un formidable outil pédagogique pour lancer une nouvelle formation de journaliste. Je pense que les étudiants en journalisme et leur professeurs ont dû beaucoup réfléchir après l’avoir vu.

Voir également :
Denis Robert : vers une nouvelle stratégie pour « Infodujour » ?

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France – USA : une innovation journalistique différente

Sylvain Parasie, sociologue, maître de conférences à l’Université Paris Est et chercheur au LATTS, a eu l’occasion d’enquêter sur le datajournalisme auprès du Chicago Tribune et du Center for Investigative Reporting. Il soutient particulièrement l’utilité de s’inspirer du modèle américain dans ce domaine. En outre, la comparaison entre les Etats-Unis et la France en matière de nouvelle technologie au sein des rédactions est saisissante.

Aux Etats-Unis, le datajournalisme apparaît à la fin des années soixante grâce aux recherches en sciences sociales. « La pratique du datajournalisme aux USA consiste à modifier la circulation de l’information dans la rédaction, » souligne Sylvain Parasie. Selon lui, le datajournalisme américain peut tenir plusieurs « promesses » :

  1. Traiter de gros volumes de données
  2. Etre plus objectif
  3. Concevoir des produits durables
  4. Offrir une information personnalisée
  5. Changer le rapport des journalistes à leurs sources
  6. Transformer les organisations de presse
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« Contrairement à l’image qu’on a de la datavisualisation, la pratique aux Etats-Unis ne correspond pas qu’à faire joli. Elle sert à modifier la circulation de l’information dans la rédaction. C’est du journalisme, » précise Sylvain Parasie. Les données ne sont pas transparentes en elle-même, il faut un travail considérable pour leur donner du sens et c’est ce que permet la datavisualisation.

« En allant dans les rédactions aux USA, j’ai pris une claque »

gregoirelemarchandOutre-Atlantique, les médias essayent de lier au maximum la partie éditoriale avec les compétences techniques. Au New York Times et au Washington Post, le cœur de la rédaction c’est leur site internet. « Les gens qui font la homepage sont considérés comme les plus importants du journal, » précise Grégoire Lemarchand, journaliste chargé des réseaux sociaux à l’AFP, qui a eu l’occasion d’en faire l’expérience lors de son passage aux Etats-Unis. « En allant dans les rédactions aux USA, j’ai pris une claque. Elles se posent des questions que l’on ne se pose pas. » Les journalistes américains font preuve d’une grande rapidité à s’approprier les nouveaux outils. « Au niveau des réseaux sociaux, les journalistes en France n’innovent pas, » ajoute Grégoire Lemarchand. « En France, les agences de presse utilisent de façon marketing le web et non pas au niveau éditorial. » constate Sylvain Parasie.

Le plus grand défaut des médias français est certainement le fait de ne pas faire assez confiance aux jeunes. Sylvain Parasie condamne un manque de considération envers l’utilisation des nouvelles technologies. « Les vieux disent aux jeunes : c’est bien ton truc mais qu’est-ce qu’on peut en faire au niveau journalistique ? ». Au sein des rédactions américaines, c’est tout le contraire. La jeunesse représente l’avenir de l’information et l’Amérique en est bien consciente.

Pour en savoir plus :

Innovation « made in USA »

Table ronde n°4, jeudi 29 novembre 16h30-18h15, Innovation journalistique made in USA.

Les Etats-Unis ont cette force, en tant que modèle économique, d’être capable d’innover sans cesse dans différents domaines. A un moment où l’économie américaine était en crise, le principal renouvellement du marché et du capitalisme était Internet. Les USA sont forcément et fatalement pionniers dans l’application d’innovation numérique puisque c’est eux qui les ont inventés. « Ce n’est pas un hasard si, en matière de journalisme numérique, on retrouve cette idée que les Etats-Unis restent le lieu où s’expérimente en premier un certain nombre de chose lié au web », confirme Arnaud Mercier, organisateur des 3èmes Entretiens du webjournalisme.

Les médias américains ont une réelle influence sur leurs confrères européens. « Quand ça commence aux Etats-Unis, ça arrive cinq ans plus tard en Europe. Là il y a un raccourcissement du cycle. Il y a dix ans, j’étais dans l’incapacité la plus totale à vous dire ce qu’il se passait aux USA. Aujourd’hui, j’ai un système de veille et si on se donne la peine de le faire, on peut parfaitement être en phase avec ce qui est en train de s’expérimenter aujourd’hui en Amérique», explique Arnaud Mercier.

Les intervenants de cette table ronde relateront leurs expériences passées au sein de médias américains. De part leur vécu personnel, ils en expliqueront l’utilité pour s’inspirer du modèle américain. Enfin, ils s’interrogeront  sur la transposition européenne par rapport aux technologies venant de l’autre côté de l’Atlantique.

Autour de la table

La table ronde sera animée par Arnaud Mercier.
Sylvie Pierre, docteur en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Lorraine, racontera sa visite dans les médias américains en quête d’innovations avec l’exemple historique de Jean d’Arcy.
Johan Hufnagel, rédacteur en chef et co-fondateur de Slate.fr,s’interrogera sur l’adaptation française d’un modèle américain.
Sylvain Parasie, sociologue, maître de conférence à l’Université Paris Est et chercheur au LATTS, se demandera s’il est possible de réformer une organisation de presse par le traitement de données. Il prendra comme exemples les cas du Chicago Tribune et du Center for Investigative Reporting.
Grégoire Lemarchand, journaliste chargé des réseaux sociaux à l’AFP, parlera de son expérience au sein de plusieurs médias américains.
Loïc de la Mornais, grand reporter à France TV, reviendra sur son expérience personnelle à CNN.

Les intervenants des Assises

 

Prezi Assises 2013

Pearltrees Assises 2013

7è édition des Assises Internationales du Journalisme et de l'In 

Assises 2013 en photos

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