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Pilule : un traitement trop émotionnel ?

Danielle Messager, de France Inter, a assumé son empathie lors du traitement de l'affaire des pilules 3ème et 4ème génération.

Danielle Messager, de France Inter, a assumé son empathie lors du traitement de l’affaire des pilules 3ème et 4ème génération.

La problématique d’un traitement trop émotionnel et trop peu factuel des journalistes de l’affaire des pilules 3ème et 4ème génération a fait débat lors d’une table ronde mardi matin aux Assises 2013.

Tout a commencé avec Marion Larat. En 2006, un accident vasculaire cérébral, qu’elle impute à sa pilule contraceptive, l’handicape à 65%. Six ans plus tard, elle porte plainte contre le laboratoire pharmaceutique Bayer. Le Monde titre alors : « Alerte sur la pilule 3ème et 4ème génération« . Les médias s’emparent de l’affaire durant deux mois. Journaux, radios et télévisions parlent quotidiennement du danger de ces contraceptifs. Mais le traitement journalistique fait débat.

« On a trouvé que les articles sur ce sujet étaient trop chargés de sensationnel et surtout d’émotionneI », déplore Isabelle Yoldjian, chef du pôle gynécologie à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). « Il est normal de s’émouvoir de l’histoire de cette jeune fille, mais il aurait été bien d’être plus factuel, de fournir plus d’explications, sans utiliser de termes catastrophes ». Un constat que ne partage pas Danielle Messager, journaliste chargée de la santé à France Inter : « Que faut-il faire alors, arrêter d’interviewer les victimes pour ne pas faire d’émotionnel ? Comment ne pas être touché quand une fille de 19 ans reste handicapée à cause de sa pilule ? Le sujet prêtait à l’émotion ».

« L’empathie n’a pas sa place dans le journalisme »

Pour l’anthropologue Emmanuelle Simon, il reste délicat de ne pas déchaîner les passions lorsque l’on parle du médicament. « La pilule est un objet du quotidien, intime, qui est à la fois aide et poison. Cela crée un rapport ambivalent entre l’émotionnel et le médicament. Cette problématique n’est pas propre à la France. » Mais Jean-Yves Nau, journaliste et docteur en médecine est catégorique : « L’empathie n’a pas sa place dans le journalisme ». Pour lui, « le reporter a le droit d’éprouver de la compassion pour les victimes, mais cela ne doit surtout pas transparaître dans son article ! Sinon, il perd son objectivité, il n’est plus journaliste ».

La question de la différence de la qualité du traitement entre journaux spécialisés et généralistes a également été abordée. Les dérives « émotionnelles » sont-elles la conséquence de journalistes peu à l’aise avec les questions scientifiques ? Dans le public, une journaliste de Ouest-France tient à se justifier : « Certes, nous ne sommes pas forcément scientifiques, mais notre travail nous oblige à nous renseigner, à effectuer un travail de recherche en amont », insiste-t-elle. « Nous ne sommes pas moins aptes, nous offrons un regard neuf sur le sujet. Ce n’est pas toujours optimal, mais les collègues journalistes le savent, nous faisons avec le temps et les moyens que nous avons ». D’ailleurs, la presse scientifique en a pris pour son grade, Jean-Yves Nau n’ayant pas hésité à dénoncer la collusion entre les laboratoires pharmaceutiques et de prestigieux médias comme TheLancet ou The New England Journal of Medecine. Seul le journal indépendant Prescrire a trouvé grâce à leurs yeux : cela faisait des années qu’il avait lancé l’alerte sur les pilules 3ème et 4ème génération. En vain.

A lire aussi : Les médias ont-ils pêché par excès de sensationnalisme et Emballement médiatique : La pilule est-elle dure à avaler

Tristan Devaux (EJDG-Grenoble)

Les intervenants des Assises

 

Prezi Assises 2013

Pearltrees Assises 2013

7è édition des Assises Internationales du Journalisme et de l'In 

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