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Entretiens 2012

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Trois collaborations pour le prix d’une

Fabrication, production, diffusion … Les collaborations des entreprises de presse avec d’autres acteurs se font à tous les niveaux, sans forcément de liens évidents entre leurs objectifs. Compte-rendu de la troisième conférence des Entretiens du webjournalisme, dédiée aux innovations collaboratives pour les entreprises de presse.

Associer amateurs et professionnels

L’intervention des « amateurs » dans le travail journalistique doit s’imposer. C’est en tout cas ce que l’on retient de la présentation de Nicolas Loubet, le créateur de l’Umaps, une agence de services multimédia, et de Knowtex.com, un « réseau pour les créateurs de communautés ». Pour lui, la technologie, le smartphone en particulier, a permis la création d’une « génération de reporters amateurs qui sont capables d’être les meilleurs interlocuteurs des journalistes ».  Seul problème, « c’est un gros bordel, il faut organiser cette multitude d’interactivités ». C’est le défi que lance Nicolas Loubet au journalisme, en prenant l’exemple de plusieurs initiatives récentes. Parmi elles, le live-tweet d’exposition au Quai Branly ou encore une émission de radio-dessinée. Organiser pour créer de nouvelles formes d’informations, pour Nicolas Loubet, ce n’est que le début. Et de conclure avec la formule employée par Xavier Damman, « Aux smartphones citoyens ».

Réduire les coûts

En parlant de smartphones, José Levices, le fondateur de MVS, travaille justement à « créer des systèmes de reproduction de contenus pour l’adapter à chaque support ». L’objectif : « diminuer les temps de fabrication et de production, afin de réduire les coûts ». MVS développe ainsi des solutions cross media auprès de plusieurs organismes de presse. En ce moment, l’entreprise travaille aussi sur le projet « Relief » avec l’Atilf (Analyse et traitement informatique de la langue française), un laboratoire du CNRS. « L’idée, c’est d’analyser de manière sémantique un texte, pour trouver son essence, les thèmes abordés, les mots clés, afin de créer un système de reproduction ». Le tout, assure-t-il, « sous le pilotage du journaliste ». Des programmes conçus pour réduire les coûts, et donc « pour les patrons de presse plus que pour les journalistes » fait remarquer une personne du public.

Développer des offres payantes

TR obsweb

De gauche à droite : Nicolas Loubet, José Levices, Michel Agnola, David Lacombled

Pour David Lacombled, délégué à la stratégie des contenus chez Orange, le diffuseur français et les organismes de presse sont bel et bien partenaires. « Nous partageons les revenus de la publicité avec les journaux, affirme-t-il, une démarche que tous les diffuseurs n’ont pas, Google par exemple ». Plus encore, Orange développe de nouveaux produits et encourage l’information payante. « Nous avons développé une offre à cinq euros par mois, qui permet d’acheter cinq journaux numériques au choix » explique-t-il. « Nous arrivons à vendre des horoscopes, il n’y a pas de raisons qu’on ne puisse pas vendre des contenus de qualité ! » lance-t-il. David Lacombled présente donc la collaborations entre diffuseurs et producteurs comme un enjeu pour le journalisme et les médias, dans un contexte de crise de la presse.

Lors de cette troisième conférence sur les innovations collaboratives, les trois intervenants ont esquissé des évolutions qui répondent à plusieurs enjeux du journalisme. D’une part, le défi de pérenniser les organismes de presse via une réduction des coûts et une meilleure diffusion. D’autre part, celui de faire évoluer l’information en phase avec la société et ses nouveaux usages.

France – USA : une innovation journalistique différente

Sylvain Parasie, sociologue, maître de conférences à l’Université Paris Est et chercheur au LATTS, a eu l’occasion d’enquêter sur le datajournalisme auprès du Chicago Tribune et du Center for Investigative Reporting. Il soutient particulièrement l’utilité de s’inspirer du modèle américain dans ce domaine. En outre, la comparaison entre les Etats-Unis et la France en matière de nouvelle technologie au sein des rédactions est saisissante.

Aux Etats-Unis, le datajournalisme apparaît à la fin des années soixante grâce aux recherches en sciences sociales. « La pratique du datajournalisme aux USA consiste à modifier la circulation de l’information dans la rédaction, » souligne Sylvain Parasie. Selon lui, le datajournalisme américain peut tenir plusieurs « promesses » :

  1. Traiter de gros volumes de données
  2. Etre plus objectif
  3. Concevoir des produits durables
  4. Offrir une information personnalisée
  5. Changer le rapport des journalistes à leurs sources
  6. Transformer les organisations de presse
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« Contrairement à l’image qu’on a de la datavisualisation, la pratique aux Etats-Unis ne correspond pas qu’à faire joli. Elle sert à modifier la circulation de l’information dans la rédaction. C’est du journalisme, » précise Sylvain Parasie. Les données ne sont pas transparentes en elle-même, il faut un travail considérable pour leur donner du sens et c’est ce que permet la datavisualisation.

« En allant dans les rédactions aux USA, j’ai pris une claque »

gregoirelemarchandOutre-Atlantique, les médias essayent de lier au maximum la partie éditoriale avec les compétences techniques. Au New York Times et au Washington Post, le cœur de la rédaction c’est leur site internet. « Les gens qui font la homepage sont considérés comme les plus importants du journal, » précise Grégoire Lemarchand, journaliste chargé des réseaux sociaux à l’AFP, qui a eu l’occasion d’en faire l’expérience lors de son passage aux Etats-Unis. « En allant dans les rédactions aux USA, j’ai pris une claque. Elles se posent des questions que l’on ne se pose pas. » Les journalistes américains font preuve d’une grande rapidité à s’approprier les nouveaux outils. « Au niveau des réseaux sociaux, les journalistes en France n’innovent pas, » ajoute Grégoire Lemarchand. « En France, les agences de presse utilisent de façon marketing le web et non pas au niveau éditorial. » constate Sylvain Parasie.

Le plus grand défaut des médias français est certainement le fait de ne pas faire assez confiance aux jeunes. Sylvain Parasie condamne un manque de considération envers l’utilisation des nouvelles technologies. « Les vieux disent aux jeunes : c’est bien ton truc mais qu’est-ce qu’on peut en faire au niveau journalistique ? ». Au sein des rédactions américaines, c’est tout le contraire. La jeunesse représente l’avenir de l’information et l’Amérique en est bien consciente.

Pour en savoir plus :

Retrouver les lieux d’hommage à Alain Joannès

A. JoannesRetrouvez les liens utiles pour suivre ceux qui ont souhaité rendre hommage à Alain Joannès, penseur pionnier des transformations du journalisme à l’ère numérique.

par Arnaud Mercier

 

[cliquez sur l’image pour accéder aux liens]

« Enrichir l’environnement réel avec de l’information »

Le journalisme augmenté, c’est apporter de la valeur ajoutée au contenu informationnel. Au-delà vient se placer la réalité augmentée : l’insertion de contenu informatif ultra-personnalisé sur de nouveaux supports.

À une époque où l’information est diffusée partout à grande vitesse (presque en temps réel), le journaliste ne peut plus se contenter de transmettre une information. Il doit l’enrichir, présenter un contexte, donner des éléments de réflexion. Eric Scherer souligne le fait que « les rédactions, souvent conservatrices, s’ouvrent davantage au reste du monde, voire à leurs concurrents. Le journalisme en réseau et mutualisé ont un bel avenir. » Juliette de Maeyer, doctorante à l’Université de Bruxelles, est plus mesurée. Après avoir analysé près de 27 000 articles de sites web de la presse belge, elle avance que 62% de ces articles ne proposent aucun lien, alors que 90% proposent des liens internes. Elle déplore une absence de politique sur les liens hypertextes dans les rédactions. Pour Michel Agnola, consultant nouveaux médias et innovation, la solution se trouve en Recherche & Développement : « une stratégie d’investissement R&D est nécessaire au renouvellement des produits et des marchés. L’innovation, c’est regarder devant, et c’est toute la difficulté quand on travaille en R&D. » Plus loin que le journalisme augmenté, Michel Agnola n’hésite pas à se projeter vers la réalité augmentée, bien qu’elle ne représente « pas encore un marché. »  Il imagine l’évolution du marché e-media vers un journalisme ultra-personnalisé, basé sur des technologies de tracking et de nouveaux supports d’affichages : le t-media. « Enrichir l’environnement réel avec du contenu informatif, c’est ça la réalité augmentée. »

Michel Agnola semble se projeter dans un avenir lointain. Et s’il n’était pas si lointain ? Google a d’ores et déjà lancé le logiciel Google Goggles, logiciel permettant d’effectuer une recherche sur Internet en prenant une simple photo depuis son smartphone. Un logiciel capable de reconnaître un monument, décrire un produit à partir de son code-barres et même capable de résoudre… un Sudoku ! Aujourd’hui la marque travaille sur des lunettes à réalité augmentée. Un projet loin d’être utopique, comme le montre l’intérêt de Microsoft et Apple, eux aussi lancés dans la création d’un produit similaire. Au milieu de cette incessante course à l’innovation entre les géants de l’informatique, difficile de faire le tri entre la lutte pour le contrôle des marchés et véritable potentiel d’un produit. Cela n’empêche pas Michel Agnola de parier sur l’avenir : « on utilisera de plus en plus ces nouvelles technologies dans les années à venir. »

La transmission d’une culture d’innovation, une nécessité pour aller de l’avant

L’innovation doit être portée par des acteurs créatifs et allant au-delà des contraintes qui leur sont imposées pour s’exprimer. Mais ces acteurs, notamment en France, restent relativement peu nombreux dans le domaine journalistique, dont l’offre a du mal à se renouveler depuis l’arrivée du web. D’où la nécessité de transmettre une culture de l’innovation.

photophilippecouvePour Philippe Couve, journaliste entrepreneurial, la difficulté pour innover est de sortir de sa « zone de confort ». « Il faut penser hors du cadre : l’ampoule n’a pas été inventée à partir la lampe à huile mais indépendamment ». Il précise qu’en allant chercher des idées dans d’autres corps de métiers, d’autres backgrounds, il est plus facile de générer de nouvelles idées. Mais les conditions d’innovation ne sont pas réunies pour être optimales dans les rédactions, entre effectifs de moins en moins importants et pression croissante.

Lors des 3es Entretiens du webjournalisme, Suzanne Galy, rédactrice en chef d’Aquitaine Europe Communication, nous a expliqué une expérience réalisée à l’IJBA dont le but était d’imposer aux étudiants de s’ouvrir à une nouvelle forme de journalisme. Aidés par de jeunes développeurs et graphistes, ils avaient pour objectif de créer une data visualisation. Le but était de décloisonner l’activité du journaliste afin de créer un cadre favorable à la créativité. Encadrés par des experts en cartographie, démographie, développement, statistique et graphisme, ils se sont vite rendu compte que dans le cadre d’une gestion de projet, gérer le travail collaboratif devenait compliqué. L’acquisition d’une méthodologie et d’une ligne de conduite (acquisition de savoirs préalables, développement d’un savoir-être vertueux, rencontres à un temps T et un lieu L, désignation d’un chef de projet, persévérance, rigueur, financement)  a été obligatoire.

Autre méthode originale pour Romain Saillet, initiateur du projet Media Lab Sessions. S’inspirant de ce qui se fait aux Etats-Unis, où le travail collaboratif marche à plein régime, il a souhaité regrouper des laboratoires, médias, formations et entreprises, chacune de ses institutions pouvant apporter quelque chose à une autre. Le concept est simple : en 48h, les personnes intéressées réfléchissent à un projet média et proposent une idée, éprouvée par des mentors et des parrains, issus de ces précédentes institutions. Ils recherchent alors des solutions à leurs problèmes et peuvent ensuite réaliser un prototype. Celui-ci est défendu pendant cinq minutes devant un jury. Les gens arrivent avec leur idée, ils repartent au bout de 48h avec un véritable projet. Ou bien ils comprennent que leur idée est irréalisable sous l’angle qu’ils ont abordé si leur présentation est un flop. Un moyen rapide et pertinent d’aboutir à quelque chose de structuré, possible grâce au partage des compétences.

Ces expériences sont des pistes à exploiter pour la transmission d’une culture d’innovation dans le journalisme. Anne Carbonnel en a retenu l’aspect RH de la problématique. Pour les organes de presse, se posent en effet des questions de plus en plus complexes au vu de la multiplication des compétences : comment et qui recruter ? Comment évaluer ces aptitudes ? Les journalistes doivent-ils être formés aux nouvelles formes de journalisme ?

Le journalisme : un système d’innovations permanent

Arnaud Mercier, Jean Michel de Marchi, Eric Scherer et Denis Teyssou soulignent l’importance de la recherche et du développement dans les entreprises de presse lors des 3èmes Entretiens du webjournalisme à Metz.

L’obligation de l’innovation est une impérieuse nécessité. La démocratisation d’Internet et des réseaux sociaux ont bouleversé la place, l’importance et la diffusion de l’information. Les publics sont désormais autant producteurs que consommateurs et l’univers médiatique en devient hyperconcurrentiel. Les spécificités d’Internet et du web 2.0 peuvent permettre aux organismes de presse de se renouveler si ceux-ci appréhendent continuellement la démarche de l’innovation. Toute la presse doit franchir le pas, tant les anciens colosses que les entreprises plus modestes.

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Denis Teyssou, co-responsable de la recherche et du développement à l’AFP, affirme qu’il « est désormais obligatoire d’utiliser les nouveaux outils. ». Il expose son récent projet, intitulé Earthnews, une carte interactive alimentée par les informations de l’AFP, qui sont diffusées dans toutes les langues répertoriées par l’organisme. Un exemple qui illustre la créativité, le détournement et l’hybridation intrinsèques à l’innovation journalistique.

 

« Les modes de narration se renouvellent indéfiniment »

La sérendipité, le fait de réaliser une découverte par hasard est le propre du journalisme de demain. Arnaud Mercier, responsable d’Obsweb, préconise de « savoir être aux aguets sur le web ». «  Grâce aux réseaux sociaux comme Facebook et Twitter, les modes de narration se renouvellent indéfiniment et de parfaits inconnus peuvent partager l’information sur un même espace » observe-t-il. Le professeur à l’université de Lorraine argue qu’« Internet entraîne une synchorisation dans laquelle l’information doit trouver sa place ».

Si les possibilités sont nombreuses et incitatives pour certains, d’autres affichent une certaine réticence. L’écosystème d’internet est la gratuité, les entreprises de presse n’ont toujours pas trouvé d’équilibre économique via les contenus numériques. « Le journalisme ne sait pas où il va, mais il faut y aller » tonne Arnaud Mercier.

« Il faut sans cesse expérimenter »

Jean-Michel De Marchi, rédacteur en chef adjoint à Satellinet, renchérit : « il faut aller au delà et aux devants des attentes des internautes ». Pour ce faire, des organismes tels que Le Monde ou l’Express créent des pôles d’innovation pour les nouveaux médias afin de réinventer de nouveaux outils. « Il faut sans cesse expérimenter, les médias n’essayent pas assez malgré certaines velléités. Il est crucial de tester et de voir ce qui peut marcher » confirme Éric Scherer, directeur de la prospective et de la stratégie numérique à France Télévisions.

Les nouveaux écrans, comme les tv connectées et les tablettes, impliquent donc l’innovation journalistique sous plusieurs formes, notamment le datajournalisme. Cette perspective d’innovations permanentes entraîne l’incessante émergence de nouveaux acteurs tels que les webdesigners, des ONG, des informaticiens. La pérennité du journalisme passe par la réinvention perpétuelle par le biais d’une collaboration entre tous les acteurs, tant professionnels que publics.

Nicolas Becquet : « L’innovation est devenue une nécessité »

Nicolas Becquet – Crédit photo : Kristof Kvanaccom

« Innover, je pense que c’est la condition pour rester dans la course », explique Nicolas Becquet, webmaster éditorial pour le journal quotidien belge d’information économique et financière l’Echo.be.

Il y a deux ans, la montée en puissance de la vague web fait naître son poste. Aujourd’hui, il est la personne qui veille au fonctionnement du site lecho.be, mais pas seulement. Son travail ne s’arrête pas à la gestion technique du site : en plus de veiller à son bon fonctionnement, il doit aussi prévoir une cohérence indispensable entre la version papier et la version web du quotidien. « Il faut choisir certains articles du journal à mettre en valeur sur le site, mais aussi apporter quelque chose de différent. J’essaye chaque jour de surprendre le lecteur, en créant des cartes interactives, des infographies, en développant des applications… ». Il y a quelques mois, il participe à la création du webdocumentaire Racontez-moi 5 ans de crise, qui dévoile les clés pour comprendre la plus grande crise après celle de 1929. « C’est une façon de se renouveler, d’apporter de la nouveauté qui ne peut exister que sur le format web ». Il perçoit l’innovation comme un processus transversal : « Cela nécessite un vrai mouvement collectif au sein d’une rédaction. Le dialogue et la communication sont indispensables à l’innovation et à la mise en place d’un complément web ». Ce dernier doit renseigner le lecteur, sans être le doublon d’un article au format papier. « Oeuvrer pour l’innovation, c’est un travail permanent. Chaque jour je me demande comment rendre les sujets novateurs, comment surprendre l’internaute… C’est une mission qui se renouvelle chaque matin et qui ne cesse de s’actualiser. Je dirai que c’est un plaisir quotidien », finit-il par exprimer.

Retrouvez le prezi de Nicolas Becquet présenté le vendredi 30 novembre à la table ronde Organisation de l’innovation au sein d’entreprises de presse, animée par Jean-Marie Charon & Arnaud Mercier.

A voir : Le site Internet du quotidien L’Echo : http://lecho.be Le webdocumentaire « Racontez-moi 5 ans de crise » : http://lecho.be/service/crises

Eric Scherer : « Tout le monde devient un média aujourd’hui »

Eric Scherer, directeur de la prospective web à France Télévisions, inaugure les 3èmes Entretiens du webjournalisme sur le thème « Médias, journalistes et innovation ». Pour lui, les journalistes doivent accepter les changements de la profession et suivre les tendances de la société dans la fabrication et la transmission de l’information.

Les journalistes d’aujourd’hui sont confrontés à deux bouleversements majeurs. D’abord, le journaliste n’a plus le monopole de la diffusion de l’information. Le public devient un média et tente de « court-circuiter » le médiateur, il est en mesure d’accomplir la mission du journaliste. Ensuite, le public ne s’informe plus comme avant, les supports changent : « La tablette va devenir le premier écran. Devant les ordinateurs, et même devant la télévision chez les jeunes ».

Beaucoup de journalistes traditionnels sont réticents : « Le fait que les gens s’informent différemment n’est pas forcément pris en compte par notre métier ». Ils refusent que d’autres puissent être capables de couvrir, commenter et analyser les actualités. Pour Eric Scherer, le problème est souvent d’origine culturelle : « On est face à une génération qui n’est plus la même. Tout le monde devient un média aujourd’hui. » Il insiste sur ce point : « Aucune rédaction n’a les moyens de concurrencer les millions de portables qui sont dans la nature. » Twitter, par exemple, est une agence de presse gratuite, mondiale, en temps réel, personnalisée. « C’est là où aujourd’hui les breaking news sortent ».

« On va vers une société de plus en plus immergée dans l’information »

Désormais, la sphère politique et économique s’est approprié ces outils numériques. Barack Obama parle beaucoup aux Américains sans passer par les canaux traditionnels comme la télévision ou la radio. Le 6 novembre dernier, ce n’est pas la presse qui a annoncé la victoire d’Obama, mais bien le président lui-même.

Pour Eric Scherer, ces mutations sont surtout des opportunités. « On va vers une société de plus en plus immergée dans l’information. On va vivre tout au long de la vie dans cette culture de l’écran ».

Il y a, chez les journalistes, une « zone de confort » qui consiste à continuer à faire comme avant. Et puis il y a le « nouveau monde » dans lequel il faut mettre un pied. Cela passe par trois mots-clés : « smart, mobile et social ». Etre « smart » signifie amener de la valeur ajoutée à ce que l’on crée et guider le public. Internet est une masse d’informations absolument inouïe. Le journaliste doit réduire le « bruit » d’Internet, aussi appelé « l’infobésité ». Il doit aussi être « mobile », s’ouvrir aux technologies pour créer plus de liens avec la société. Enfin, « social » : converser avec l’audience est une des nouvelles manières de faire du journalisme aujourd’hui. « L’ère du journaliste seul sur son piédestal est heureusement finie. Il faut engager le public, interagir et animer les débats de société. »

Le powerpoint d’Eric Scherer lors de sa conférence inaugurale

Sylvain Parasie : « Comprendre ce qu’il se passe derrière le site web »

Les enquêtes de Sylvain Parasie aux États-Unis s’invitent aux 3e entretiens du webjournalisme. Ce maître de conférences en sociologie à l’Université de Paris Est / Marne-la-Vallée est également chercheur au LATTS, laboratoire techniques, territoires et société. Il intervient à la table ronde Innovation journalistique made in USA le 29 novembre pour discuter de l’innovation dans les organisations de presse, en particulier les changements liés au traitement informatique de données.

Droits réservés

Pouvez-vous me parler de votre expérience aux États-Unis ?

La première enquête s’est déroulée avec Eric Dagiral dans la métropole de Chicago en septembre 2010. On s’est intéressés à des organisations de presse très établies comme le Chicago Tribune. On a surtout interrogé des programmeurs, notamment des « data-journalistes ».

On a également enquêté sur la presse locale en ligne. La presse est presque intégralement locale aux États-Unis, donc les traditions et les formes sont extrêmement variées et le passage sur le web change beaucoup d’éléments.

Dans quels médias avez-vous publié vos articles ?

Ce sont tous des articles de recherche, publiés pour la plupart dans des revues spécialisées françaises, comme Réseaux, et un peu internationales. J’interviens aussi régulièrement pour des médias en ligne, comme Médiapart et Libération.

De quoi allez-vous parler lors de la table ronde « Journalisme made in USA » ?

Je présenterai surtout des éléments sur l’innovation liée à l’informatique, et l’utilisation du traitement de données dans les organisations de presse.

Le deuxième voyage d’études en août-septembre 2012 à San Francisco était consacré à ce sujet. Eric Dagiral et moi-même avons enquêté sur la manière dont on utilise le traitement de données informatiques dans le journalisme d’investigation. On a des profils assez variés : statisticiens, développeurs d’applications web, journalistes d’investigation…

A travers vos études, constatez-vous des liens entre l’innovation journalistique en France et aux États-Unis ?

Si on prend le cas du journalisme de données, il s’est essentiellement développé en Grande Bretagne et aux États-Unis et il y a eu une certaine influence en France. Les innovations des sites comme le New-York Times ou le Washington Post sont surveillées de près par la plupart des organisations de presse françaises. Il y a malgré tout de grandes différences : aux États-Unis, le traitement de données, notamment dans le journalisme d’investigation, remonte aux années 1970. En France, très peu de journalistes de cette époque auraient utilisé des statistiques ou des données.

Que pensez-vous apporter au débat lors des 3e entretiens du webjournalisme ?

Je m’appuierai sur mes expériences de terrain aux États-Unis. On pense souvent qu’il suffit de regarder en ligne pour voir les différences et les innovations, mais il faut comprendre ce que les gens essaient de faire et comment ils sont organisés derrière le site web. Avec mon collègue Eric Dagiral c’est ce qu’on a essayé de mettre en place : faire des enquêtes, passer beaucoup de temps à interroger les gens et essayer de comprendre comment ils travaillent au jour le jour.

Que pensez-vous du choix du thème « Journalisme et innovation » pour les 3e entretiens ?

C’est particulièrement important en ce moment, car on débat sur le financement de la presse en France, notamment par rapport à la taxe Google. Au cœur de ces discussions se trouve la question de l’organisation de l’innovation.

J’ai le sentiment qu’il faut revoir ces formes de financement et faire en sorte que ça permette une véritable innovation. Des acteurs émergents comme des jeunes entrepreneurs, qui composent des formes très innovantes ont du mal à les lancer parce qu’ils ne trouvent pas forcément un cadre très accueillant.

Ce thème sera évoqué lors de la table ronde, notamment à travers la comparaison avec les États-Unis qui est intéressante : il y a moins de financements de l’État et donc une plus grande dépendance vis-à-vis de la publicité, et en même temps des formes de mécénat très développées. On peut en discuter, voir comment on fait en France et si on peut s’inspirer de ce modèle de financement de la presse.

Innovation « made in USA »

Table ronde n°4, jeudi 29 novembre 16h30-18h15, Innovation journalistique made in USA.

Les Etats-Unis ont cette force, en tant que modèle économique, d’être capable d’innover sans cesse dans différents domaines. A un moment où l’économie américaine était en crise, le principal renouvellement du marché et du capitalisme était Internet. Les USA sont forcément et fatalement pionniers dans l’application d’innovation numérique puisque c’est eux qui les ont inventés. « Ce n’est pas un hasard si, en matière de journalisme numérique, on retrouve cette idée que les Etats-Unis restent le lieu où s’expérimente en premier un certain nombre de chose lié au web », confirme Arnaud Mercier, organisateur des 3èmes Entretiens du webjournalisme.

Les médias américains ont une réelle influence sur leurs confrères européens. « Quand ça commence aux Etats-Unis, ça arrive cinq ans plus tard en Europe. Là il y a un raccourcissement du cycle. Il y a dix ans, j’étais dans l’incapacité la plus totale à vous dire ce qu’il se passait aux USA. Aujourd’hui, j’ai un système de veille et si on se donne la peine de le faire, on peut parfaitement être en phase avec ce qui est en train de s’expérimenter aujourd’hui en Amérique», explique Arnaud Mercier.

Les intervenants de cette table ronde relateront leurs expériences passées au sein de médias américains. De part leur vécu personnel, ils en expliqueront l’utilité pour s’inspirer du modèle américain. Enfin, ils s’interrogeront  sur la transposition européenne par rapport aux technologies venant de l’autre côté de l’Atlantique.

Autour de la table

La table ronde sera animée par Arnaud Mercier.
Sylvie Pierre, docteur en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Lorraine, racontera sa visite dans les médias américains en quête d’innovations avec l’exemple historique de Jean d’Arcy.
Johan Hufnagel, rédacteur en chef et co-fondateur de Slate.fr,s’interrogera sur l’adaptation française d’un modèle américain.
Sylvain Parasie, sociologue, maître de conférence à l’Université Paris Est et chercheur au LATTS, se demandera s’il est possible de réformer une organisation de presse par le traitement de données. Il prendra comme exemples les cas du Chicago Tribune et du Center for Investigative Reporting.
Grégoire Lemarchand, journaliste chargé des réseaux sociaux à l’AFP, parlera de son expérience au sein de plusieurs médias américains.
Loïc de la Mornais, grand reporter à France TV, reviendra sur son expérience personnelle à CNN.

Les intervenants des Assises

 

Prezi Assises 2013

Pearltrees Assises 2013

7è édition des Assises Internationales du Journalisme et de l'In 

Assises 2013 en photos

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